L’Ouzbékistan a supprimé l’obligation de visa pour les ressortissants de l’Union européenne, mais l’information reste mal relayée et les itinéraires concrets manquent cruellement. Beaucoup se contentent de Samarcande et Boukhara, ignorant le désert de Kyzylkoum, Khiva la fortifiée et la vallée de Ferghana. Résultat : un voyage tronqué, des kilomètres mal optimisés et la sensation d’avoir survolé un pays-monde. Voici un itinéraire éprouvé de dix jours, pensé pour conjuguer patrimoine, désert et campagnes.
Sommaire de l'article
Tachkent porte d’entrée moderne
Aéroport et formalités d’arrivée
La capitale concentre la majorité des vols internationaux et constitue le point logique de départ pour un voyage en Ouzbékistan. L’aéroport international Islam-Karimov dispose désormais de bornes électroniques rapides. Les ressortissants suisses et européens entrent sans visa pour trente jours. Prévoyez un change de devises sur place : le soum local s’obtient facilement aux comptoirs officiels, à un taux honnête. Une carte SIM Beeline ou Ucell s’achète directement dans le terminal.
Dès la sortie, les taxis Yandex pratiquent des tarifs encadrés. Comptez environ trente minutes pour rejoindre le centre-ville. La déclaration douanière reste recommandée au-delà de deux mille dollars en liquide, même si les contrôles se sont considérablement assouplis ces dernières années. Gardez le tampon d’entrée précieusement : il vous sera demandé à chaque enregistrement hôtelier obligatoire.
Métro de Tachkent et architecture soviétique
Le métro de Tachkent mérite une demi-journée à lui seul. Inauguré en 1977, il rivalise avec celui de Moscou par la richesse de ses stations. La station Kosmonavtlar célèbre Gagarine avec des médaillons en céramique bleue saisissants. Le ticket coûte quelques centimes et la photographie est désormais autorisée depuis 2018. Quatre lignes desservent l’essentiel des sites touristiques.
En surface, l’urbanisme soviétique côtoie la médersa Koukeldach et le bazar Chorsu. Ce dernier, coiffé d’une coupole turquoise géante, propose épices, fruits secs et pains ronds tout juste sortis du tandyr. Profitez de cette journée d’acclimatation avant de filer vers l’ouest. Un vol intérieur Uzbekistan Airways relie Tachkent à Ourgench en une heure trente, pour une cinquantaine d’euros.
| Ville | Attractions | Durée (jours) | Prix (€) | Transport |
|---|---|---|---|---|
| Tashkent | Mémoire historique | 3 | 350 | Train |
| Samarkand | Architecture ancienne | 4 | 450 | Bus |
| Bukhara | Médersa & bazars | 2 | 300 | Minibus |
| Khiva | Ville fortifiée | 2 | 250 | Avion |
| Fergana | Culture locale | 3 | 400 | Train |
Khiva ville fortifiée du désert
Itchan Kala classé UNESCO
Khiva surgit du désert comme un mirage minéral. La cité intramuros, Itchan Kala inscrite UNESCO, conserve ses remparts de pisé hauts de dix mètres et ses cinquante monuments médiévaux. La medersa Mohammed Amin Khan, le minaret inachevé Kalta Minor recouvert de faïence turquoise et le palais Tach-Khaouli forment un ensemble unique au monde. Deux journées entières permettent de tout explorer sans précipitation.
Logez à l’intérieur des murs pour saisir l’atmosphère nocturne, lorsque les groupes repartent et que les ruelles vides s’illuminent. Les caravansérails reconvertis en maisons d’hôtes offrent des chambres simples mais authentiques, autour de vingt-cinq euros la nuit. Les artisans tisserands de soie et de tapis travaillent encore selon les techniques transmises depuis la grande époque de la route de la soie.
Logistique de l’accès depuis Ourgench
L’aéroport d’Ourgench se situe à trente-cinq kilomètres de Khiva. Un taxi partagé revient à dix euros, un véhicule privé à vingt euros. Le trajet traverse une plaine cotonnière irriguée par les bras de l’Amou-Daria. Pour les voyageurs venant de Boukhara, le train rapide Afrosiyob couvre la distance en six heures, à travers le désert de Kyzylkoum. Réservation indispensable une semaine à l’avance.
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Route de la Soie - Samarcande, Boukhara, Khiva
Boukhara cité spirituelle
Place Lyab-i-Hauz
Boukhara possède l’âme méditative qui manque parfois à Samarcande. La place Lyab-i-Hauz, organisée autour d’un bassin du XVIIe siècle bordé de mûriers centenaires, en constitue le cœur battant. Trois médersas l’encadrent, dont la célèbre Nadir Divan-Beghi ornée de phénix mythologiques. Le soir, les familles ouzbèkes s’y retrouvent pour partager un thé vert et un plov fumant servi dans les restaurants alentour.
Mausolée des Samanides
Érigé au IXe siècle, le mausolée des Samanides constitue le plus ancien monument islamique d’Asie centrale conservé intact. Sa façade en briques cuites alterne motifs géométriques et jeux d’ombre selon les heures. Les habitants viennent y formuler des vœux. À deux pas, le minaret Kalon, miraculé de l’invasion mongole en 1220, domine la ville de ses quarante-six mètres. Gengis Khan aurait épargné l’édifice tant sa beauté l’avait subjugué.
Bazars couverts traditionnels
Les toqi, ces bazars couverts à coupoles, articulent encore le commerce local. Toqi Sarrafon était dédié aux changeurs, Toqi Telpak Furushon aux marchands de chapeaux, Toqi Zargaron aux orfèvres. Aujourd’hui, vous y dénichez tapis de Boukhara, miniatures peintes sur papier de mûrier et lames damassées. Pour préparer la suite du périple, le site Les Prises recense des conseils pratiques utiles aux voyageurs suisses curieux de destinations émergentes comme celle-ci.
Samarcande et le Régistan
Samarcande mérite trois nuits complètes. La place du Régistan, encadrée par trois médersas monumentales aux faïences cobalt, dorées et ivoire, frappe par sa démesure. Visitez-la à l’aube, sans personne, puis le soir lors du spectacle son et lumière. La mosquée bleue Bibi-Khanym, érigée par Tamerlan pour son épouse favorite, impressionne par ses quarante mètres de coupole. La nécropole de Chah-i-Zinda, allée funéraire couverte de mosaïques turquoise, offre une expérience visuelle saisissante.
Le mausolée Gour-Emir abrite la dépouille de Tamerlan sous un dôme nervuré or et bleu. L’observatoire d’Ouloug Beg, prince-astronome du XVe siècle, témoigne d’une science avancée bien avant l’Europe. Les bazars de Siab débordent de melons, grenades et pains croustillants estampillés du sceau familial. Goûtez le samsa cuit au tandoor et le kazi, saucisse de cheval typique. Samarcande condense, à elle seule, mille ans de splendeur sur la route de la soie.
Vallée de Ferghana, l’Ouzbékistan rural méconnu
La vallée de Ferghana, longtemps fermée aux étrangers, révèle l’Ouzbékistan agricole et artisanal. Quatre étapes structurent une incursion de deux jours :
- Kokand, ancienne capitale du khanat, et son palais Khoudaïar Khan aux 113 chambres
- Marguilan, capitale mondiale de la soie, avec sa fabrique Yodgorlik travaillant l’ikat selon les méthodes du XIXe siècle
- Richtan et ses ateliers de céramique bleue cobalt, art classé UNESCO
- Andijan, ville natale de Babour, fondateur de l’Empire moghol
Le col de Kamtchik culmine à 2267 mètres et offre des panoramas spectaculaires sur les Tian Shan. Les hôtes de chambres rurales partagent volontiers leur table familiale autour d’un plov préparé au feu de bois. Cette région, plus conservatrice, demande une tenue vestimentaire respectueuse : épaules couvertes pour les femmes, pantalon pour les hommes lors des visites de mosquées en activité.
Recommandations de l’Office national du tourisme ouzbek Uzbekistan Tourism
L’office national Uzbekistan Tourism publie chaque année des consignes actualisées pour les visiteurs étrangers. La meilleure période s’étend d’avril à juin et de septembre à octobre, lorsque les températures oscillent entre dix-huit et vingt-huit degrés. L’été dépasse régulièrement quarante-cinq degrés dans le désert de Kyzylkoum, rendant les visites éprouvantes. L’hiver, en revanche, offre des médersas vides et enneigées, magiques mais glaciales.
L’office recommande de privilégier les guides agréés portant un badge officiel, particulièrement à Samarcande et Boukhara. Le paiement par carte Visa fonctionne dans les hôtels et grands restaurants, mais le liquide reste indispensable dans les bazars et la vallée de Ferghana. Les pourboires de cinq à dix pour cent sont appréciés sans être obligatoires. Téléchargez l’application officielle E-ZIYORAT pour réserver les billets de monuments à tarif local.
Prolonger par une incursion au Tadjikistan voisin
Prolonger le voyage par quelques jours au Tadjikistan voisin enrichit considérablement l’expérience. La frontière de Penjikent, à seulement soixante kilomètres de Samarcande, ouvre sur les ruines sogdiennes et les Sept Lacs nichés dans les Fanns mountains. Un visa électronique tadjik s’obtient en ligne pour cinquante dollars en quarante-huit heures. Douchanbé, capitale verdoyante du Tadjikistan, offre un contraste saisissant avec les cités-musées ouzbèkes.
Le Pamir Highway, mythique route à plus de quatre mille mètres d’altitude, demande une préparation logistique sérieuse mais récompense par des paysages parmi les plus spectaculaires d’Asie centrale. Pour un premier voyage en Ouzbékistan combiné, limitez-vous à Penjikent et aux Fanns : trois jours suffisent à goûter ce supplément d’aventure sans alourdir l’itinéraire principal. Cette extension transforme un séjour culturel classique en véritable traversée de la Transoxiane historique.